[ Chronique ]- LE TEMPS DU CHOIX : S’inscrire dans un cycle infini de dialogue ou Construire résolument un État

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Depuis le début du mois de juillet 2020, onze personnalités au nombre desquels des parlementaires appellent à un débat national pour dégager un consensus sur des questions épineuses de la vie du pays.

De prime abord de cette chronique, une interrogation : « comment des parlementaires, élus et délégués au sein des institutions avec la mission d’infléchir l’action publique chaque fois que l’intérêt général le requiert, peuvent-ils sortir de leur cadre institutionnel ordinaire de débat et de quête permanente de consensus national, pour en appeler à un cadre extraordinaire ?
Est-ce par un aveu de faiblesse et/ou d’incapacité à y porter le débat ou, tout simplement, la dénonciation pur et simple d’un parlement qu’ils reconnaissent au service des groupes d’intérêts sectaires ?
Dans un cas comme dans un autre, quel légitimité reconnaître à une telle démarche ? Quand on sait que in fine, les conclusions dudit débat devront absolument être préalablement endossées par le même parlement pour espérer leur application ?
Sauf si, derrière la dynamique, le message subliminal est un appel à une « transformation » pure et simple de l’ordre politique auquel ils fond eux-mêmes parti ?

« L’Etat moderne » n’est ni un modèle intemporel, ni le modèle unique d’organisation des sociétés humaines.
D’autres modèles concurrents ont émergé dans le temps et dans l’espace. Ils sont simplement aujourd’hui moins fructueux entendu la légitimité incontestable dont a réussi à jouir le modèle bureaucratique et westphalien actuel inspiré d’Europe Occidentale. Son caractère institutionnel, qui en fait son identité, tient au fait de l’exigence de pérennité et de l’autonomie des organes qui le structurent et l’animent. Il est sensé être un édifice structuré et structurel qui subsiste au temps et aux épreuves. Il est sensé être distinct de ses animateurs auxquels, d’ailleurs, il impose son identité. Pas l’inverse. C’est en cela qu’il se distingue d’autres formes d’organisations sociales antérieures et concurrentes.

Il est vrai que l’exigence de socialisation du projet étatique impose qu’il ne soit pas un juste repiquage et un redéploiement strict et tous azimuts du prototype occidental originaire. En cela, l’Etat français sera distinct, dans son système (c’est-à-dire la réalité opérationnelle de son fonctionnement) de l’Etat américain. Et l’Etat congolais, pareil à ces derniers. Lui-même, distinct de l’Etat russe ou chinois.

Au demeurant, cette exigence de tropicalisation de la réalité étatique n’exonère pas de la contrainte absolue du respect du principe cardinal qui fait qu’un État soit tel, au-delà de sa réalité juridique apparente. Ce principe, c’est « son institutionnalisation ». Donc la pérennité de sa personne nonobstant des soubresauts, l’identité et l’originalité de son action nonobstant des influences conjoncturelles. La puissance de son action nonobstant les résistances intérieures ou extérieures éventuelles. Son autorité suprême s’imposant à ses animateurs.
Et cela ne s’improvise. Il ne ressort d’un mouvement de spontané. Cela se construit et se consolide.

Cela veut dire que si, de façon continue, ceux qui sont chargé de garantir cette institutionnalisation – oui, parce qu’il s’agit d’un processus – trouvent en chaque occasion le prétexte bien trouvé de rompre le processus de maturation de l’Etat, c’est de la trahison au pire. Au mieux, c’est de l’escroquerie, sinon de la naïveté dangereuse.

Un État, c’est comme tout organisme. Il a un métabolisme qui se consolide à l’épreuve des contraintes. Son système immunitaire s’aguerrit aux obstacles. C’est ce processus qui le fait mouvoir en une Nation et inversement.

La recette toute trouvée : « dialoguer, dialoguer, toujours dialoguer et encore dialoguer ». Semble-t-il, faisait valoir d’autres en ces temps-là, « relève de la sagesse de la palabre africaine ». Une anthropologie qu’il nous faut pérenniser.
Eh oui ! l’ingénierie d’une rhétorique politicienne capable de tout rationnaliser. Même les erreurs les plus dramatiques ou les tromperies les plus grotesques.
D’une fertilité conceptuelle jamais asséchée, ça s’appelle aujourd’hui « appelle au consensus national».

Quel serait l’intérêt de ce énième dialogue ou conférence nationale, quoique sur des questions électorales strictement, disent-ils, alors que l’on y voit figurer des questions beaucoup plus fondamentales dont, celle éminente de la « révision de la constitution. » ?

En effet, la problématique posée n’est nullement pas sans intérêt. Parce qu’au-delà de l’exigence démocratique de l’expression permanente des opinions citoyennes, la problématique du redressement efficient des modalités d’organisation des élections est si épineuse, qu’attirer l’attention de la nation et en appeler à des réponses, est tout ce qu’il y a de plus normale. C’est même une exigence républicaine.

Mais, de là à embrayer dans une dynamique mettant hors-jeux les mécanismes institutionnels, relève tout simplement de ces acrobaties congolaises dont l’issue, nonobstant leur beauté apparente, n’achoppent qu’a la fragilisation de l’Etat, à l’étouffement du processus de renforcement de son efficience de l’Etat et au renforcement des Hommes providentiels.

Après un astucieux « glissement » et un processus électoral particulièrement délicat, les institutions du pays ont besoin de d’éprouver, de se confronter et de s’affermir. Pour y parvenir, Ils doivent justement être mis en face de leur responsabilité de donner des solutions aux préoccupations profondes du pays et des Citoyens.

«Un appel à un consensus national »pour sortir de la crise. Belle formulation philosophique.
Mais la fragilité d’une telle démarche, au-delà de l’intérêt marketing politique qu’elle procure à ses auteurs, c’est « son inefficacité ultime ». Car, quelle que soit la portée de ses résolutions, elles sont soumises à l’exigence de leur légalisation, leur endossement par le cadre institutionnel. A défaut de cette validation ultime, c’est des énièmes belles résolutions qui seront archivées pour nourrir l’histoire, après, en passant, avoir englouti quelques billets, dont le pays, en pleine crise, est pourtant très demandeur.
PREUVE PAR NEUF : si les résolutions de la conférence nationale souveraine ou des accords de Sun City, portée par une dynamique historique et politique incontestable ont mené à des acquis mesurables, que sont devenus les résolutions des dernières consultations de l’hôtel Invest, ou celles de la conférence Amani. Et celles du dialogue de la cité de l’Union Africaine : ont-elles fait avancer le pays si ce n’était que de contenter la gloutonnerie des uns, caresser les utopies et les égos des autres ou, appelé à la mangeoire certains ? Encore que même en parlant de la CNS et de Sun city, les acquis devenus opposables n’ont été que celles véritablement endossés par le cadre institutionnel.

Le cadre constitutionnel de notre pays a mis en place des mécanismes extra institutionnel d’expression citoyenne. Ce cadre défini également les mécanismes d’interaction de l’opinion publique ou des forces vives avec les institutions. L’appel au consensus doit suivre ce cadre et amener l’Etat à infléchir éventuellement sa position. Les derniers contours sur les projets de loi Minaku et Dakata ou sur la candidature à la CENI traduisent la vigueur et l’efficacité d’un tel processus dans lequel l’Etat est bénéficiaire. Car, au-delà des résultats, il participe à la construction d’une culture institutionnel productif.
A contrario, le recours à des raccourcis politiciens ne participera qu’à la fragilisation du processus, pourtant difficile, d’institutionnalisation de l’Etat. Pas le contraire.

Que le Chef de l’Etat consulte les forces vives et envisage la possibilité de recadrage ou d’ajustement institutionnel en sa qualité de garant de la nation ou, inversement, que des citoyens, organisés structurellement ou ponctuellement, fassent valoir leur opinion auprès des institutions et parviennent à les infléchir, ce sont des dynamiques totalement structurantes de l’Etat.

Mais que le Chef de l’Etat soit appelé à déployer des cadres politiciens sui generis, c’est l’emmener dans une autre diversion dont, ni lui au vu de la durée restante de son mandat, ni le pays lui-même, ne seraient bénéficiaires.

Sixième chronique de Mr.

Iyoka Otangela-N’Kumu Jean-Bedel

Coordonnateur Général de l’Asbl Le Citoyen

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